L'enfant et le confinement en temps de pandémie

Lic. Nora Koremblit Vinacur
 

0
Comments
281
Read

« Le coronavirus, ça n'est pas si mal », dit un enfant de cinq ans ; il était reconnaissant à l'idée de pouvoir passer 24 heures sur 24 avec ses parents. Ceux-ci n'allaient pas au travail et pouvaient consacrer de longs moments à rester ensemble.

A en juger par mon expérience clinique, les adultes ont éprouvé eux aussi pareil vécu, combiné avec des sensations diverses, au début de la quarantaine surtout. Certaines de ses sensations coïncident, d'autres sont très contrastées.

Au commencement, la dynamique familiale s'est vue altérée. C'était comme si on était en vacances, mais peu à peu on a assisté à une organisation étrange où la famille devait inventer quelque chose qui ne ressemblait ni à l'école ni au travail des parents. On était ensemble sans aide extra familiale.

Les enfants et les adolescents se sont trouvés face à la fermeture des écoles et à de nouveaux dispositifs scolaires dont les enseignants eux-mêmes avaient parfois du mal à comprendre le fonctionnement. Les parents se sont sentis jugés et observés dans l'accompagnement de leurs enfants.

A ce stade, on a assisté à l'émergence d'un vécu paranoïde chez les adultes, tant chez les parents que chez les enseignants ; les enfants, quant à eux, les observant avec étonnement et méconnaissance. Se pose alors la question de savoir si nous aurions à renouer avec le climat de célérité d'avant la quarantaine qui, dans un premier temps, semblait avoir disparu.

Comment décrire les liens entre parents, enfants et l'école ?

Parmi les éléments positifs, je citerai la mise en valeur de la famille - comme groupe affectif - qui se voyait attribuée différents rôles. Dans certains cas, les enfants paraissaient avoir accepté ce confinement plus facilement que les adultes.

Dans un second temps et dans la mesure où le confinement se prolongeait, on vit apparaître des exigences scolaires et une préoccupation croissante chez les adultes quant à leur situation familiale, économique et sanitaire.

Il fut très important d'expliquer soigneusement aux enfants qu'il était nécessaire qu'ils collaborent afin de pouvoir distribuer certaines tâches au sein de la maisonnée. Il était fondamental d'expliquer les nouvelles mesures d'hygiène, de même que la situation à l'extérieur du foyer, qui faisait que les enfants ne pouvaient plus aller à l'école ni les parents au travail.

Grâce à des paroles simples, les enfants, y compris parmi les plus petits, comprirent la nécessité d'accepter ces mesures.  L'expérience de ce vivre tous ensemble fut essentielle, de la même façon que le contact virtuel, quoique bref, avec les grands-parents, les oncles et les tantes.

Les petits enfants peuvent appréhender la disparition physique comme s'il s'agissait de la mort.  D'où l'importance de maintenir d'une façon ou d'une autre leur lien affectif avec le monde extérieur.

Avec l'entrée dans la seconde phase de la quarantaine, le panorama familial s'est transformé. Les adultes ont dû reprendre le travail et les plus petits se sont sentis moins soutenus par eux. Le travail scolaire a repris et les parents ont dû aider leurs enfants, sans toujours disposer d'outils suffisants, ce qui a pu entraîner des complications en certaines occasions.

Que pouvons-nous dire au sujet des adolescents ? Plus enfermés que jamais dans leur chambre, leurs réseaux, et les mêmes conflits générationnels.  Cette situation est-elle très différente des autres expériences vécues par les adolescents ? L'adolescence est une période évolutive très complexe, chaotique et difficile par moments, même dans des conditions de cohabitation normales. C'est une période d'intenses rivalités et d'affrontements avec les parents, avec des disputes propres à cet âge face au processus difficile de la croissance. Cependant, les adolescents feraient partie de ceux les plus aptes à pouvoir collaborer avec les adultes dans l'organisation des tâches ménagères et les soins apportés aux plus petits, ainsi que nous l'avons exposé dans un autre article, « L'adolescence met à l'épreuve la capacité de transformation des parents »[1].

Dans ce contexte, il est fondamental de constituer une grille horaire définissant les tâches et les moments de détente au sein de la famille. Il est probable que cela paraisse un peu trop énergique, mais de cette façon les enfants se sentiront plus contenus. Ce sont eux qui souffrent le plus des changements, observant que leurs parents sont nerveux et préoccupés, et il leur est très difficile de comprendre les explications qu'on leur donne.

Après ces deux premières phases, débute la troisième.

Plus de quarante jours de quarantaine sont déjà passés et on voit apparaître des caractéristiques spécifiques durant cette période.

On observe des moments de forte angoisse chez les enfants. Un désir de voir tout redevenir comme avant. L'envie de revoir ses amis, ses grands-parents, ses oncles et tantes.

Les processus psychiques qui se produisent chez les adultes diffèrent de ceux qu'on rencontre chez les enfants. Ces derniers s'inquiètent de l'état d'esprit de leurs parents dont ils dépendent physiquement et psychiquement.

Il est clair qu'il s'agit d'un moment très difficile pour maintenir de la part des parents une harmonie constante et tranquille. Les enfants perçoivent les discordances entre le verbal et le non verbal dans ce qui leur est  transmis.

En tant que psychanalystes, nous pouvons inférer que la pulsion de mort est aux aguets chez tout un chacun. Il est fondamental de doser les nouvelles des médias de communication. Il est incohérent d'essayer de calmer un enfant qui commence à manifester des troubles du sommeil, lorsque la télévision est allumée, et diffuse en continu le nombre de personnes contaminées et le nombre de décès dans le monde.

Chaque cas est particulier, chaque famille est distincte et chaque enfant présente durant cette période une nouvelle symptomatologie. Celle-ci correspond en partie à la situation qui est en train d'être vécue, mais également à la nouvelle signification que revêtent les pertes antérieures et les craintes quant aux pertes à venir.

On observe l'apparition de nouvelles peurs ou encore la résurgence de celles qui semblaient avoir été surmontées. Les cauchemars et les troubles du sommeil sont une façon de déposer et de traiter ici l'angoisse qui est vécue.

A mentionner aussi, le manque d'activité physique qui, surtout chez les plus petits, engendre ennui et colère.

Si on pouvait prodiguer quelques conseils, je dirais qu'il est indispensable de faire baisser le niveau d'exigences chez les enfants. Ne pas nier la réalité. Essayer d'écouter les colères et les accompagner dans la mesure du possible.

Considérer cette expérience dans les limites du raisonnable comme une expérience de vie permettant à chacun de connaître son enfant sous un autre aspect. Il est fort probable qu'il ne sortira pas de la quarantaine comme il y était entré.

Comme le disait Octavio Fernandez Moujan : « Toute crise implique aussi une possibilité de changement... »[2].

L'opportunité qui nous est donnée de tirer parti de cette expérience dépendra d'un équilibre délicat entre les émotions et les ressources psychiques de chaque membre de la famille.
 

[1] Koremblit de Vinacur, N (2014). Parentalidades en la adolescencia en Parentalidades. Interdependencias transformadoras entre padres e hijos. Compiladora Eva Rotenberg. Revista de Psicoanálisis de APA. Editorial Lugar 2014.
[2] Fernandez Moujan, O. (1994). La creación como cura. Síntesis  del modelo de crisis vital. Buenos Aires: Editorial Paidós.  

Traduit de l'espagnol par Danielle Goldstein, Paris, France
 

Du même auteur:
 


Star Rating

12345
Current rating: 5 (1 ratings)

Comments

*You must be logged in with your IPA login to leave a comment.